mercredi 30 décembre 2009

Persécution, de Patrice Chéreau: œuvre de friction

Daniel (Romain Duris) rénove des lofts immenses, les uns après les autres, compulsivement. Il vit aussi au milieu de ses chantiers, rendu intraçable par les déménagements constants que ce choix lui impose. Il voit de temps à autres Sonia (Charlotte Gainsbourg), qui elle-même voyage fréquemment pour des motifs professionnels, et qui semble s'accommoder de cette relation en pointillés. L'acceptation tacite des règles du jeu fixées par Daniel vole en éclat lorsque surgit un clodo amoureux de lui (Jean-Hugues Anglade).


Monsieur Chéreau, vous êtes gonflé. Gonflé de nous servir un film dont le protagoniste principal est si peu aimable. Ce Daniel, rien ne lui plaît, rien ne lui convient jamais, il serait du genre à trouver à ronchonner depuis le milieu du plus paradisiaque des paradis. Purisme enragé de l'esthète aspirant aux relations les plus parfaites possibles? Complexe du bon samaritain exaspéré par les faiblesses de ses contemporains (lui qui semble avoir tout compris à tout, et ne se prive pas d'en donner le mode d'emploi)? Sans doute rien de tout cela.



Les abandonniques ont ceci de particulier que les atours les plus flamboyants de leur phobie ressemblent à s'y méprendre à ceux de la misanthropie: ils fuient avant d'être délaissés, parfois même longtemps avant que ne se profile chez l'autre l'envie de partir. Le comportement de l'entourage est disséqué, continuellement évalué, soumis à d'innombrables épreuves dont les modalités exactes changent au rythme des angoisses de l'arbitre. Et de fait Daniel (peut-être le véritable persécuteur de l'histoire) cherche en permanence les preuves des trahisons qu'il suppose avoir été commises par Sonia mais aussi par Michel (Gilles Cohen), l'ami dépressif fasciné par l'apparente indépendance de Daniel. Il faut que ceux-ci endurent sans broncher d'être ignorés en public, ou de voir leur histoire intime étalée et analysée devant des amis communs. La plus anodine réserve, la plus petite objection déclenche la fureur de Daniel et le bannissement de la personne en cause, sans appel. Le seul espace d'apaisement est représenté par une conversation téléphonique entre Daniel et Sonia: elle est loin, il est visiblement heureux de lui manquer mais la réciproque ne semble pas être vraie, il est content de la savoir loin et éprise de lui, il n'a pas envie d'abolir la distance.

Un qui ne supporte pas la distance entre Daniel et lui, et qui va tenter de l'abolir en s'offrant tout entier, tout nu, c'est le fou. Est-il si fou que cela, d'ailleurs? Est-ce qu'il ne serait pas un peu le jumeau de Daniel, à ceci près qu'il aurait choisi de jeter à bas toutes les barrières afin fusionner plus complètement avec l'autre? Une différence de forme plutôt que de fond, car finalement cet illuminé vit tout autant que Daniel dans la terreur d'être délaissé. Daniel le comprend confusément et se trouble, car si lui refuse qu'on vienne altérer son isolement choisi le fou, de son côté, veut vivre à jamais sous le joug d'une idylle totalitaire.


Un peu comme dans le très beau Intimité, Chéreau filme ses personnages sans glamour, il les montre pour ce qu'ils sont sous des lumières volontiers pâles et des éclairages crus. Nulle ellipse ou flash-back pour enjoliver l'histoire, on est avec eux tout du long et on arpente avec eux leurs multiples contradictions. Sans que les acteurs y soient pour rien (Duris délivre un jeu toujours aussi dense, Charlotte est idéalement douce et désemparée, Anglade joue sur le fil du ridicule en ange consolateur) on reste à la porte des émotions, spectateurs d'un séisme qui n'a pas crevé notre surface.







dimanche 15 novembre 2009

L'enfer d'Henri-Georges Clouzot: "Lost in la Mancha" reloaded

C'est un peu triste, un film qui n'a jamais vu le jour. Un peu repoussant aussi - cette aptitude qu'ont les gens à réécrire l'histoire de la manière qui les arrange le mieux, qui fasse apparaître un fautif bien net au premier plan. Le documentaire s'est tricoté entre ce regret et cette répulsion (chaque point fait d'images fabuleuses), reconstituant certaines scènes manquantes avec des acteurs contemporains et faisant intervenir quelques-uns des protagonistes survivants.

Le film c'est L'enfer, le fautif c'est Henri-Georges Clouzot. Mais comme le rappelle (enfin) un des témoins de l'époque à la fin, il faut bien que quelqu'un aille jusqu'au bout de l'idée, de la folie en fait - puisque l'idée de Clouzot c'est de mettre en image la folie d'un homme (Serge Reggiani) que la jalousie pour sa femme (Romy Schneider) fait dérailler dans un coin de Cantal. Il faut bien que quelqu'un s'y colle et s'y heurte et s'y écrase, ne serait-ce que pour aller au bout et savoir une fois pour toutes que c'est impossible.





Et cela donne ces essais comme venus d'un autre monde, où les lumières anamorphosent les visages, où tout est repeint de couleurs déviantes, où le temps est condensé ou dilaté, où de minutieuses recherches sur les effets d'optique (inspirées de l'art cinétique) diffractent à l'infini une frange de cils, un regard insondable, un arpent de peau. L'histoire se raconte sans narration véritable, simplement au-travers de ces expérimentations démentes dont Romy, candide et trouble à la fois, est le matériau, consentante et pourtant dérobant son secret à la caméra, à son réalisateur et à son mari dans le film.... Elle est si magnétique que Clouzot aurait pu la filmer épluchant des carottes teintes en mauve, je serais restée bouche bée des heures durant, je l'avoue.



Par contre-coup, les témoignages semblent fades, déplacés, dérisoires. Inutiles pour tout dire, tant les images exhumées nous avaient déjà donné à sentir l'orgueil démesuré qui anime l'entreprise. On a déjà saisi à quel point la recherche des moyens esthétiques a fini par devenir une fin en soi, une de ces tâches que l'on s'assigne en sachant parfaitement que l'on n'arrivera jamais au bout. Une prophétie auto-réalisatrice, en somme, qui fera d'un film sur un fou le film d'un fou, qui fera déteindre cette histoire de réalité vascillante sur son créateur.

mercredi 28 octobre 2009

Digression par dérogation

Chers lecteurs, je n'ai pas posté depuis pas mal de temps et pour cause, la ligne de conduite que je m'étais fixée quant à la tenue de ce blog me l'interdisait. Je n'ai jusqu'ici causé que de films, et encore! de films qui m'avaient suffisamment impactée - ont dit comme ça, Coco, en langage manadjeurial - pour que je m'escagassasse à trouver les mots pour en parler (oh yeah).

Or ces derniers temps j'ai vu fort peu de fims ("Gaspe!", entends-je dans la salle tandis que les plus voraces visionneurs s'évanouissent à la seule perspective d'un jeûne). Je ne suis pas spécialement victime de la vogue des séries américaines (j'ai boffé d'importance devant Desperate housewives ou 24h chrono et je termine Six feet under... avec à peine 4 ans de retard sur tout le monde) mais j'avoue, oui, je confesse avoir passé cette dernière semaine sous l'emprise de l'une d'elles. Pas très connue de surcroît, à moins de cela je ne pense pas que je prendrais la peine de vous en parler.

Je n'avais jamais entendu parler de It's always sunny in Philadelphia avant de jeter un œil blasé (d'origine) dessus. Tout juste mon mari m'avait-il vanté les commentaires lus çà et là sur le Net, et la présence de Danny DeVito (ce dernier critère pouvant à mes yeux présager du cabotinage mesurable sur l'échelle de Richter tout comme une véritable drôlerie). En aurais-je su plus que je n'aurais pas été moins surprise.

Le point de départ est minimaliste: quatre amis, ou plutôt trois (Mac, Charlie et Dennis) plus Dee, la sœur jumelle de Dennis , tiennent un bar irlandais, le Paddy's, à Philadelphie. Ils sont trentenaires, célibataires et.... tous plus veules, lâches, bêtes et amoraux les uns que les autres. Et lorsque je vous ai dit cela je ne vous ai finalement rien dit, habitués que vous êtes (que je l'étais jusque-là) à l'édulcoration systématique de toutes les questions de sociétés abordées par les séries.

Ici on ne se cache pas derrière son petit doigt, c'est le moins que l'on puisse dire. Tout y passe, le jeu de massacre n'épargne rien ni personne à commencer par nos joyeux protagonistes. Rien que dans le cours des deux premières saisons (celles que j'ai vues), on parle cancer, avortement, pédophilie, alcoolisme, addiction aux drogues, recherche du père, racisme, conflit israélo-palestinien, concupiscence envers la mère d'un copain, détention d'armes à feu, patriotisme.... Le moins que l'on puisse dire c'est que ces sujets sont traités systématiquement sous l'angle le plus ironique possible.
Ainsi, dans l'épisode Charlie Wants an Abortion, les garçons vont se mêler successivement à des manifestations pour ou contre l'avortement dans le seul but de draguer les jolies militantes (ça vous donne une idée de la pureté générale de leurs intentions et de la force de leurs convictions). Dans Charlie Has Cancer, plusieurs personnages vont prétendre avoir un cancer pour s'attirer des faveurs (le principe est le même avec Charlie Gets Crippled qui aborde les handicaps physiques). Dans The Gang Goes Jihad, un homme d'affaire israélien achète le bâtiment voisin du Paddy's menace de s'approprier celui-ci (il dresse même un équivalent light du mur de Jérusalem), ce qui amène nos héros à s'essayer au terrorisme (avec, hum, un peu trop de succès). Avec l'épisode The Gang Exploits A Miracle, c'est la religion qui en prend pour son matricule, puisque une étrange tache d'humidité dans l'arrière-boutique du bar, ressemblant vaguement à la Vierge Marie, va être transformée en attraction touristique par notre fine équipe, menée par Danny DeVito, homme d'affaires véreux qui se trouve aussi être le père de Dennis et Dee....

Pour le moment la palme du culot toutes catégories revient sans aucun doute à l'épisode Charlie Got Molested  où il apparaît que Charlie pourrait avoir été abusé par un prof (au grand dam de Mac qui avait le même prof et qui ne comprend pas pourquoi lui, si attirant, n'a pas eu droit aux attouchements!), ce qui incite Dennis et Dee, en tant qu'ancien étudiants de psycho, à jouer les thérapeutes pour aider leur copain à surmonter son traumatisme.... On est là au bord du bord du mauvais goût sur un sujet qui, plus qu'aucun autre sans doute, touche la corde sensible et semble impossible à railler, et pourtant on rit à gorge déployée devant les malentendus qui s'enchaînent, la jalousie déplacée de Mac, les buts diversement inavouables poursuivis par chacun.
C'est un condensé parfait de ce que réussit merveilleusement cette série, à coup de dialogues percutants et de mimiques expressives, grâce à des personnages qui sont à la fois des losers et des ados attardés et égocentriques et des situations qui dynamitent gaiement les débats de société pour rire des multiples contradictions de l'Amérique et de ses grands clichés. On peut tirer notre métaphorique chapeau à l'inventivité et au sain mauvais esprit déployé par les deux créateurs-producteurs-scénaristes-interprètes Rob McElhenney (alias Mac, le benêt gaffeur) et Glenn Howerton (a.k.a. Dennis, le beau gosse vaniteux).



PS: Je vous éviterai de farfouiller les sites de ventes de DVDs américains en vous disant que le coffret regroupant les deux premières saisons (sous le titre Philadelphia) est disponible en France, youpi donc!

mercredi 16 septembre 2009

I've had the time of my life / And I owe it all to you

Le snobisme de (beaucoup de) ceux qui se revendiquent "cinéphiles" a le don de me hérisser très fort. Je ne comprends pas, et ne comprendrai jamais, la propension de certains à établir une hiérarchie entre les films, à distinguer ceux que l'on peut (que l'on doit) revendiquer d'avoir vu (et aimé, forcément, comment ne pas?) pour être considéré comme une personne de goût, et ceux qu'il convient de ne voir qu'au second degré, en précisant bien "bon évidemment c'est pas du Bergman, hein" pour se dédouaner auprès des initiés. Si on condense cette pensée, il faut adorer Scorsese et Ozu et voir les films de Jean-Claude Van Damme, mais uniquement pour déconner avec les potes. Parce que c'est comme ça qu'on fait chez les "cinéphiles" (ceux auxquels je pense en rédigeant ce billet du moins).

Pour défriser un grand coup ces pisse-froid, j'ai pris l'habitude de balancer "J'aime Les fraises sauvages et Dirty dancing, à égalité, mais pas pour les mêmes raisons". Parce que c'est vrai: le premier est une grande claque esthétique de l'âge adulte, le second le film de mes 15 ans, je peux les revoir l'un comme l'autre sans lassitude.

Et vlan, voilà que Patrick Swayze vient de mourir. Le torride Johnny Castle de Dirty dancing. Mes années midinettes sont loin derrière moi mais je peux me souvenir avec précision de ces après-midis où, à peine rentrées du lycée, on se repassait la scène finale sans pitié pour la pauvre VHS fatiguée que nous nous prêtions entre copines. Cette scène, elle est visible ici, et punaise de la revoir aujourd'hui j'en ai les larmes aux yeux. C'est très con je sais, fantasme pour fantasme je doute d'éprouver la même chose le jour où Tom Cruise y passera (pourtant Top gun a aussi causé son lot d'émois), c'est sans doute la projection que je faisais, moi l'ado au physique ingrat, sur cette histoire de vilain petit canard. Ou alors simplement le souvenir de ce temps-là et des sensations qui allaient avec (même si l'amertume de certaines d'entre elles m'empêche à tout jamais d'être à proprement parler nostalgique).

Je ne sais pas pourquoi je vous embête avec tout ça, en fait. Je n'ai jamais sympathisé avec le deuil des fans à la mort d'une célébrité (pleurer pour quelqu'un que vous n'avez jamais rencontré, allons donc!), et me voilà réellement triste. Bêtement triste.

Et n'oubliez pas: "Nobody puts Baby in a corner."

dimanche 6 septembre 2009

Walkabout - Nicolas Roeg, 1971

Sydney, Nouvelles Galles du Sud, Australie. Un homme emmène ses deux enfants en pique-nique dans le bush. Étrange idée, à l'issue plus étrange encore: l'homme, pris de folie, sort un pistolet et commence à tirer sur les enfants, puis arrose la voiture d'essence et se suicide. Les enfants (Jenny Agutter et Luc Roeg) n'ont d'autre choix que de tenter de retrouver le chemin vers la civilisation. Leurs errances leur font rencontrer un jeune Aborigène (David Gulpilil) parti en walkabout...



Il n'y a pas de mots pour décrire le dépaysement qui vous saisit lorsque, venant d'Europe, vous arrivez en Australie pour la première fois. Le choc est d'une violence inouïe, rien qui soit familier à l'oreille, à l'œil ou même à l'odorat, jusqu'à la consistance de l'air qui vous parait insolite.
Rien ne peut vous y préparer, et de fait les enfants du film ne sont absolument pas armés pour faire face à la dureté extrême de ce que ce pays a de plus hostile: son désert, sa chaleur, sa faune bizarre, féroce et venimeuse. Le contraste entre les uniformes de sages écoliers anglais et la minéralité quasiment intouchée de l'environnement est à lui seul un commentaire acerbe sur l'inadéquation de l'homme et de sa civilisation rigide face à la sauvagerie de cette réalité-là (le fait que les enfants se cramponne à une radio qui leur débite des conseils sur les bonnes manières à table est une autre critique en ce sens). Les enfants ne peuvent pas survivre, et n'auraient pas dû survivre (incapables de trouver seuls l'eau pourtant toute proche, inaptes à exploiter la nature chichement nourricière) s'ils n'avaient pas croisé le jeune "Abo".



Celui-ci, au contraire, est infiniment adapté à ce pays, rien ne l'inquiète et il n'est que sourires et jeux. La chasse assouvit les besoins du jour, il peint sur les parois rocheuses un hommage aux esprits bienveillants. Il vit dans une bienheureuse immunité et ne cherche qu'à la partager avec ces deux enfants perdus, rêvant même à la possibilité d'une vie de famille avec la jeune fille blanche dans une ferme abandonnée. Mais l'incompréhension fondamentale vient fracasser l'illusion de l'harmonie, laissant la jeune femme changée à jamais. Roeg nous laisse sur une saveur évanouie, regrettée quoique jamais sa composition n'ait été totalement connue, un constat sur deux mondes non miscibles.

samedi 29 août 2009

Un prophète - Jacques Audiard, 2009

Coupable d'avoir attaqué un policier à l'arme blanche, Malik El Djebena (le total inconnu Tahar Rahim, qui fait un boulot superbe de densité) atterrit dans une prison où règne le parrain Corse César Luciani (Niels Arestrup, qui s'est fait une tronche de Brando chicos-destroy, période Dernier tango à Paris). Immédiatement il est confronté à la puissance des réseaux de celui-ci et n'a d'autre choix, pour survivre, que de commettre un meurtre. Devenu un Corse (donc un traître) pour les Arabes de la prison, toujours vu comme un Arabe (donc un larbin un peu demeuré) par les Corses, il va louvoyer entre les "commissions" mortelles confiées par Luciani et les règlements de comptes pour sauver sa peau....



Je vais couper net aux polémiques débiles que je n'ai pu m'empêcher de voir fleurir un peu partout (j'ai beau tenter de ne rien lire ni entendre sur un film avant d'aller le voir de mes zyeux, parfois seule une retraite au monastère d'Amorgos serait susceptible de me préserver de tous spoilers).
Non, Madame Fadela Amara, ce film n'a rien à voir avec Scarface de De Palma. Le personnage principal n'est pas assoiffé de réussite matérielle, il est pris dans l'étau des luttes de clan et n'a d'autre choix que de composer avec son environnement pour tirer son épingle du jeu. L'argent facile n'est pas glorifié, la violence n'est pas esthétisée à mort, chaque "commission" le confronte à des dangers dont il ignore les contours et se solde non par une rétribution en tant que telle mais par la perspective de nouveaux crimes. En bref, ce n'est pas assez bling-bling pour donner des idées d'orientation à la caillera de banlieue.

Et puis non (là je m'adresse à d'autres), la fin n'est pas un
happy end. Tout ce à quoi Malik a dû se plier n'est pas absous, ou alors il faut vraiment avoir envie d'interpréter de travers ce dernier plan où on le voit s'éloigner de la prison une fois sa peine purgée, accompagné de la veuve et du fils de son ami.... suivi de près d'un cortège de puissantes voitures noires (telles des nuages d'orage amassés à l'horizon), nouveau symbole de son pouvoir. Ce n'est pas là l'image d'un bonheur familial recomposé mais bien la continuité de la menace qui pèse sur sa vie et devant laquelle il ne semble y avoir d'autre solution que la fuite en avant vers toujours plus de crimes. Il n'y a là pas plus de parti-pris moralisateur que de point de vue réaliste (à mon sens en tout cas, mais je ne prétends pas être une experte de l'univers carcéral français.... pas davantage que Mme Dati en tout cas), juste une profonde cohérence de l'histoire et du traitement du personnage. Un peu comme à la fin de De battre mon cœur s'est arrêté, en somme, où Romain Duris était passé à un autre chapitre de sa vie sans pour autant avoir annihilé ses démons.

Sans vouloir faire de la psychanalyse pour magazines féminins il est clair que Malik, enfant des foyers, ne dispose d'aucun repère (aucun savoir, aucun appui) pour faire résistance au milieu dans lequel il est plongé, et qu'il est donc nécessairement condamné à l'adaptation, voire à la super-adaptation (puisqu'il parvient finalement à dépasser son protecteur, César). À ce propos je regrette que tant de temps ait été consacré, dans ce film déjà trop long (2h30) à dépeindre l'enchaînement des sorties de Malik (période décrite un peu facilement dans la presse comme son "ascension au pouvoir") au détriment de la destitution effective du vieux Corse, moment d'extrême ambivalence où l'on croit qu'un vague sentiment filial (ou tout au moins de la gratitude) pourrait intercéder en sa faveur et puis non, pas du tout, il ne s'agissait que de franchir un obstacle et le voilà franchi. Le moment est là, très fort, mais dure bien peu en regard du reste.

Dans l'ensemble la mise en scène d'Audiard se débrouille formidablement des contraintes du filmage dans une prison "en dur" (par opposition avec des décors mobiles) et joue de la claustrophobie de rigueur. Les, hum, plages musicales ne sont pas très heureuses à mon avis, elles "glamourisent" ce qui n'a aucun besoin de l'être et jurent terriblement avec l'esthétique générale du film (et m'agacent prodigieusement, voilà je l'ai dit).
Les instants oniriques (le fantôme de l'homme que Malik a assassiné, les daims fuyant dans la lumière des phares) sont davantage là pour nous dépeindre de manière impressionniste l'univers mental et émotionnel de Malik que pour apporter une touche de surnaturel (qui n'aurait pas grand rapport avec la manière dont l'histoire est racontée, de toute façon).

L'idée du fantôme de compagnie me plaît particulièrement en ce qu'elle montre que le meurtre n'a pas été "neutre" pour le jeune homme, ce n'était pas une corvée de plus, et qu'il s'est senti plus proche de cet homme, en cinq minutes, que de n'importe qui d'autre - au point de le réinventer en ami invisible. Ici aussi on voit le travail tout en cohérence sur le scénario: Malik a besoin de cet artifice d'imagination pour survivre.


dimanche 26 juillet 2009

Le rebelle (The fountainhead) - King Vidor, 1949




Howard Roark (Gary Cooper) est un architecte aussi non-conformiste que passionné, et par-dessus tout un homme à l'indépendance d'esprit forcenée. Son incapacité à faire le moindre compromis le met en porte-à-faux avec l'ensemble de la société, lui donnant tour à tour les moyens de satisfaire ses ambitions et l'envie de se détourner de ce qui s'offre à lui avec une facilité suspecte - qu'il s'agisse d'une gloriole au petit pied ou de la fiévreuse Dominique Francon (Patricia Neal).



Les hauts et les bas de sa carrière lui font croiser à plusieurs reprises le chemin du magnat de la presse Gail Wynand (Raymond Massey), qui malgré les apparences s'avère être le double de Roark en matière d'intégrité de la même manière que Dominique est sa jumelle pour ce qui est de la radicalité (volontiers destructrice, voire mortifère) de son idéalisme. Quoi d'étonnant à ce que ces trois-là forment au gré de l'histoire un improbable triangle amoureux, où l'émulation intellectuelle le dispute à la jalousie et au désir, dans toutes les combinaisons possibles?




À l'arrière-plan, dans les coulisses de l'histoire pourrait-on dire, s'agite et intrigue Ellsworth Monkton Toohey, mondain manipulateur des masses (et des âmes, et des volontés, ainsi que le suggère la mise en scène qui le dépeint tour à tour comme Méphistophélès proposant un pacte diabolique, ou comme un dictateur haranguant la foule subjuguée), intriguant de profession qui a juré la perte de Roark. Clairement son approche de l'ambition (le pouvoir pour le pouvoir, par tous moyens à sa portée et selon toute direction prise par son caprice, pour la jouissance brute de plier autrui sous son influence) est diamétralement opposée à celle d'Howard Roark qui ne vise que l'accomplissement de sa vision, pure et sans altération, et que Toohey stigmatise comme le comble de l'égocentrisme alors qu'il n'est que fidèle à lui-même.






Dans les scènes où King Vidor montre la manière dont Roark est progressivement marginalisé et couvert d'opprobre, par la manière même dont ces scènes sont filmées et montées, il apparaît clairement que pour le réalisateur la véritable barbarie se situe non du côté de l'homme isolé qui tente de faire entendre sa voix, mais plutôt du côté de la multitude qui le somme de s'abandonner au conformisme, et le conspue devant son refus.

Ceci dit Vidor ne tresse pas de couronne à son personnage, dont il dresse le portrait en exalté perpétuellement au bord de l'auto-destruction. Il se contente de théâtraliser, à coup d'ombres rasantes et de perspectives graphiques, un dilemme vieux comme le monde, celui de la quête d'épanouissement individuel contre le souci du bien-être de la communauté. Il nous glisse au passage que ce n'est pas nécessairement en sacrifiant le premier que l'on assure le second, bien au contraire....


dimanche 19 juillet 2009

Le deuil de l'insouciance: Été violent, de Valerio Zurlini (1959)



Les alentours de Rimini, Italie, 1943. La guerre n'est pas encore tout à fait perdue et ses derniers soubresauts parviennent à peine à troubler les fêtes perpétuelles d'une bande de jeunes gens de la bonne société. Un des membres de ce groupe, Carlo (Jean-Louis Trintignant), fils dilettante d'un homme qui a eu le tort de s'acoquiner avec les fascistes, rencontre Roberta (Eleonora Rossi-Drago), héritière d'une famille prestigieuse et veuve depuis peu. Ils tombent amoureux...

Des moments de grâce pure dans un univers qui sombre: voici l'histoire.
Eleonora est une survivante d'un monde moribond qu'incarne sa mère, aristocrate momifiée dans ses valeurs désuètes. La jeune veuve est, à 30 ans à peine, condamnée à triple titre à une respectabilité mortifère: parce qu'elle descend d'une lignée noble, parce que son mari est mort en héros, parce qu'elle est mère, il lui est interdit de vivre selon son cœur. Carlo n'est rien et ne veut rien être, que ce soit par référence à un père adoré et conspué à la fois, par rapport à la société (de stratagème en intercessions il esquive la conscription), ou en général. Elle représente une classe sociale qui n'est plus grand-chose, il est le produit d'un arrivisme qui va disparaître pour avoir fait les mauvais choix. Tous deux sont voués à la disparition en tant qu'individus, leur histoire est pareillement vouée à l'échec - et c'est peut-être pour cela qu'elle leur paraît irrésistible (magnétique scène d'approche, dans une chorégraphie sensuelle et nocturne sur l'air de "Temptation"), alors que le monde qu'ils ont connu se désagrège autour d'eux.


Il est significatif que deux raids aériens marquent les bornes de leur relation, exacerbant l'impression que la fin est proche et que chacun est la planche de salut de l'autre (pour Roberta contre sa transformation en vestale bourgeoise, pour Carlo contre sa propre indécision).
La fuite en avant est d'autant plus tentante et d'autant plus interdite. Mais tandis que la jeune femme se laisse submerger par la passion et brave de plus en plus radicalement les interdits liés à sa condition (auxquels elle s'était d'abord cramponnée), son amant, si enflammé au début, semble se laisser couler de plus en plus profondément dans la passivité.

L'Histoire qui est passée par là a révélé les caractères et a montré que l'instinct de vie n'était pas également partagé. On peut même se demander si, sans ce contexte, l'amour de Carlo et Roberta aurait eu lieu. La délicatesse de la mise en scène de Zurlini, le désenchantement léger et tendre avec lequel il filme ses personnages et leurs masques de sourires, permettent de se poser la question et d'y répondre à sa guise.

samedi 18 juillet 2009

The reader - Stephen Daldry, 2008


Parfois, il n'est pas possible de comprendre quelqu'un, même quelqu'un dont on a été très proche. C'est à cette conclusion que parvient (et nous fait parvenir) The reader, film sensible et suffisamment inattendu, dans son refus de plaquer une morale ou une explication, pour valoir d'être vu.

Michael (David Kross) a été l'amant d'Hanna (Kate Winslet) dans l'Allemagne de la fin des années 50. Il avait 15 ans et elle 20 de plus, elle aimait qu'il lui lise des livres entiers, avant ou après l'amour. En-dehors de cela il ne savait pas grand-chose d'elle, aussi fut-il pris de court par son départ brutal. Quelques années plus tard, muri d'avoir eu cette souffrance d'avance sur les jeunes de son âge, il la retrouve assise au banc des accusés et découvre que son amante avait été gardienne en camp de concentration. Le Michael devenu adulte (Ralph Fiennes) devra tenter de vivre avec les traces laissées sur sa vie par cette relation, et par les silences d'Hanna.

Je me dis que sans doute la raison pour laquelle il est question de la Shoah dans ce film (s'il faut qu'il y ait une raison), c'est que cet épisode atroce de l'Histoire est à l'heure actuelle la source de la plus complète incompréhension. Comment appréhender, comment rationaliser ce que certains êtres humains ont infligé à d'autres? Et si parmi les bourreaux se trouvait quelqu'un qu'on a aimé et qui nous a marqué à jamais? Comment vivre avec ce hiatus majeur entre les images de tendresse et l'idée de l'horreur? Hanna, tout occupée à ne jamais laisser filtrer son secret, sa honte (elle est analphabète), s'avilit jusqu'au point où elle n'a d'autre choix que d'aller au bout de sa logique frustre et de participer au massacre. Jamais elle ne cherchera à s'en excuser, et jamais le film ne lui proposera de rédemption - parce qu'elle n'est pas accessible pour cette étendue de crime. Michael accompagne à distance Hanna emprisonnée en lui envoyant des enregistrements de ses lectures, ressuscitant ainsi le souvenir de la femme qu'il a connue (la seule version d'Hanna qu'il ait l'illusion de comprendre).

Il se passe ici quelque chose, non simplement entre les acteurs mais entre les personnages (puisque Michael est incarné par deux acteurs différents, pour des époques différentes de sa vie) qui donne à sentir l'humiliation et la douleur, l'incapacité à pardonner ou à oublier, la futilité même de tout jugement moral. J'ignore si le film ressemble au livre sur ce point, je vais tâcher de me faire une idée dès que possible.

Kate Winslet est incroyable mais bon, que pouvais-je vous dire d'autre?


dimanche 21 juin 2009

Le cœur s'ancre où il le peut: Un mauvais fils, Claude Sautet (1980)


Bruno (Patrick Dewaere) revient des États-Unis, où il était incarcéré. Il s'est désintoxiqué et a appris à travailler dur, pour lui la page serait tournée s'il n'y avait le silence entourant les circonstances de la mort de sa mère pendant son absence. Il retrouve son père (Yves Robert) pour découvrir que celui-ci le voit toujours comme un délinquant, et le tient responsable de la mort de son épouse. Bruno tente tant bien que mal de se construire une vie avec une famille de substitution (Jacques Dufilho, Brigitte Fossey, David Pontremoli) mais les blessures mal refermées le font trébucher...




Il ne m'est pas facile d'analyser rationnellement un film qui m'a touchée d'aussi près. Vous pouvez rire de moi, c'était le premier film avec Dewaere que je voyais (à l'exception des Valseuses, mais seule contre presque tous je n'aime pas Blier), et j'ai été bouleversée par le besoin enfantin et viscéral d'amour et d'approbation qu'il trimballe dans ce film, sa douleur dépassant tout devant le ressentiment de son père. Numéro d'acteur magnifiquement balancé par celui offert par Yves Robert, d'ailleurs: on ne pouvait pas rêver duo d'interprêtes plus contrasté, le grand sensible écorché vif et le vieux lion taiseux, et l'on mesure bien dès les premières scènes ensemble le vaste pays d'incommunicabilité qui les a toujours séparés. Ces deux-là n'ont simplement jamais vécu ensemble mais côte à côte, la mère défunte étant seule autorisée à franchir leurs frontières et à parler leurs langages respectifs. Ils se connaissent mal, ne se comprennent pas et ne se sourient jamais, comme le souligne la mise en scène pudique de Sautet qui sait saisir les regards qui n'arrivent pas à se rencontrer.



Devant ce mur de rancœurs, Bruno n'a que deux choix possibles: se laisser dériver de nouveau au fil de ses mauvais courants, ou faire barrage d'opiniâtreté et préserver le peu de bonheur qu'il a su acquérir. C'est le passage à l'âge d'homme qui se négocie derrière tout cela, ce moment fatidique où l'on pourrait aussi bien ployer sous les tragédies familiales que les défier, et les fragilités que Bruno découvre chez d'autres lui révèlent ses propres forces, contre toute attente.

vendredi 22 mai 2009

Étreintes brisées - Pedro Almodóvar, 2009



Je ne suis pas encore bien sûre d'avoir tout capté, tout digéré, du nouveau film d'Almodóvar. Je vais tenter d'en parler tout de même, tout en sachant qu'il me faudra le revoir sans faute. Comme déjà Volver il y a trois ans, que j'avais hâtivement trouvé un peu "banal" au regard d'autres films du grand Pedro (ne me giflez pas, mon mari tout neuf s'en charge très bien tout seul).

Mateo Blanco (Lluís Homar) fut réalisateur, devenu aveugle il est désormais scénariste sous le nom de Harry Caine, très entouré par son agent et amie Judit (Blanca Portillo) et son fils. Un concours de circonstances l'amène à parler à ce dernier de son amour pour Lena (Penélope Cruz). La jeune femme était la maîtresse du puissant Ernesto Martel (José Luis Gómez) qui finança jadis un film dont Mateo fut le réalisateur et Lena la vedette - dans une tentative désespérée d'au moins combler, de tous les désirs frustrés de la jeune femme, les plus cinématographiques. Au lieu de quoi le réalisateur et son actrice succombèrent à la passion, déchaînant la jalousie morbide de Martel et précipitant la catastrophe: l'accident qui coûta la vie de Lena et la vue de Mateo...

Des citations du Secret magnifique de Sirk, du Voyeur de Powell et de Voyage en Italie de Rossellini, une filiation cachée mais bien vécue (enfin, ça dépend, parce que ce point du scénario m'a paru plutôt transparent étant donné les airs énamourés/contrariés du personnage de Judit), une autre filiation empoisonnée (Martel et son fils), des auto-références plus ou moins cryptées (du T-shirt "Suck it to me", very Patty Diphusa, au film-dans-le-film décalqué de Femmes au bord de la crise de nerf, en passant par l'écrivain dont le nom de plume devient un double schizophrènique comme dans La fleur de mon secret... et j'en ai sûrement manqué)...

Etreintes brisées est riche, très riche, heureusement pas au point que l'on en égare les émotions - s'il ne fallait garder qu'un seul moment, ce serait celui de Mateo caressant l'écran de télévision sur lequel passent les images du dernier baiser qu'il échangea avec Lena juste avant l'accident. J'adore également l'idée du film comme une empreinte de l'être aimé. Un mausolée d'images (é)mouvantes qui peut être saccagé par l'amertume d'un Martel cocufié et quitté qui n'en retiendra que ce qui peut abîmer l'aura de Lena, transformant la comédie pétillante en bout-à-bout affligeant de prises ratées. Une seconde dépouille, immortelle celle-ci, qui sera finalement exhumée et restaurée scène à scène par les doigts toujours amoureux de Mateo.

En filigrane derrière ces silhouettes d'hommes au final assez falots (le producteur impuissant se vengeant sur le celluloïd, son fils homosexuel haineux, le réalisateur incapable de protéger son actrice et amputé par la cécité) et le personnage maladroit de Judit (jamais très bien défini entre ressentiment et culpabilité), il y a Lena. Sidérante d'envie d'aller plus loin que la simple survie - qui lui recommanderait de rester bien sage dans ses tailleurs Chanel aux côtés de l'homme vieillissant qui l'a tirée d'une situation sordide- en accédant à son rêve de devenir actrice, et jamais aussi actrice que lorsqu'elle retourne le dispositif que Martel a inventé pour la suivre afin de mettre en scène la rupture. Lena qui se vend pour éviter à Mateo la corruption artistique et qui met sa vie en danger pour connaître un peu de bonheur. Ça se confirme, Penélope Cruz devient de film en film une actrice d'envergure, et chez Almodóvar plus que chez tout autre réalisateur la caméra se régale à enregistrer chacun des frémissements qui l'animent.

samedi 18 avril 2009

La vie des autres - Florian Henckel von Donnersmarck, 2006




Début des années 80, Allemagne de l'Est. Georg Dreyman (Sebastian Koch) est un dramaturge apprécié du régime, ne serait-ce que pour sa docilité et le contenu bénin de ses pièces. Pour son malheur, sa compagne est aussi son interprète principale, Christa-Maria Sieland (Martina Gedeck), que convoite un libidineux ministre. Cette attirance, ainsi que la conviction que personne ne peut être réellement innocent, va motiver la mise sous surveillance du couple par l'agent de la Stasi Wiesler (Ulrich Mühe)...



Lors de sa sortie en salles j'avais découvert ce film avec des sentiments assez partagés, tout en étant conquise par
la reconstitution du Berlin-Est de ces années là et par la performance du regretté Ulrich Mühe (déjà très grand dans les films autrichiens de Haneke). Il m'a été plus facile cette fois-ci de me laisser porter par l'émotion très intime instillée au cœur de cette fresque, et de saisir la subtilité du propos.


Le cinéaste, également auteur de l'histoire originale, parvient en effet à mêler différentes réflexions à son tableau des ravages opérés par le communisme et, au-delà, par la manie de la surveillance des personnes et des idées qui accompagne tout régime de type totalitaire. Il fait de ce climat de suspicion permanente et de secrets un climat véritablement mental et sentimental qui reproduit à l'extérieur ce qui se passe à l'intérieur d'un couple, détruit progressivement sous les yeux d'un témoin d'abord hostile, puis compatissant. Il donne à voir l'effritement progressif de la confiance en l'autre, les compromissions de l'intégrité personnelle ou artistique, la lâcheté d'une Christa-Maria profondément consciente de ne pouvoir parvenir au niveau des idéaux de pureté de son compagnon et meurtrie de son sentiment d'indignité.



Florian Henckel von Donnersmarck nous parle aussi d'un homme qui, mandaté pour causer la perte de ces artistes, est soudain touché par la grâce que véhicule leur art, ému jusqu'aux tréfonds et changé à jamais par ce qu'il a entrevu et clandestinement partagé.

Cet homme solitaire, rouage obéissant et souple d'une vaste machine à broyer les volontés, se retrouve confronté à la Beauté inconditionnelle, à des idées qui ne se laissent pas avilir par la terreur, à la croyance en la bonté de l'être humain - à l'Amour en somme. Il devient dès lors le protecteur, l'ange gardien presque omnipotent de la vie de ces "autres" dont il s'imprègne émerveillé, se mettant en péril jusqu'à passer dans le camp des traîtres au régime. Sans regret jamais puisqu'il a reçu comme un cadeau la possibilité d'entrevoir qu'une lumineuse forme de liberté, au loin.





lundi 13 avril 2009

Robert Downey Jr., je vous aime



Je viens de voir Kiss kiss bang bang et je commence déjà à l'oublier, c'est dire la puissance du film. Mais je m'en fiche, ce n'était qu'un prétexte à assouvir un plaisir coupable de pure midinette: voir s'ébattre Robert Downey Jr., le prince des cabotins, et le reluquer sous toutes les coutures de ses grimaces et mimiques.



Si vous n'accrochez pas à cet acteur, je vais avoir du mal à vous faire comprendre ce que je lui trouve. Mais je vais essayer quand même.





Robert Downey Jr. n'est pas seulement votre beau gosse moyen doté d'un talent d'acteur moyen. C'est à la fois un clown et un Pierrot lunaire, un grand sensible et un enfant terrible - s'il faut parler par clichés. Il est crédible en héros romantique (dans le moitié-raté Fur de Steven Shainberg), il est crédible en play-boy devenu super-justicier dans Iron Man.

Ou plutôt il joue à être improbable dans ces rôles, tout en sachant que son (authentique) génie métamorphique s'occupe du reste pour lui. Avec toujours en filigrane son bonus track, son hypersensibilité toute personnelle, l'impression qu'en plongeant dans ses yeux on trouvera la source des années d'excès qui ont failli avoir sa peau. Son côté Larry Paul si l'on veut, du nom de ce personnage qu'il incarna brièvement dans la série Ally McBeal et qui faisait craquer par sa fantaisie douloureuse. Je suis fan, j'avoue.

samedi 28 mars 2009

Devil in Devon: The war zone (Tim Roth, 1999)

Une petite maison blanche entre champs fangeux et rocs abrupts, une petite famille venue de Londres, très vite agrandie par la venue d'une petite fille, née à la faveur d'un accident de voiture sur le chemin de la maternité. Foutoir familial et familier, intimité ténue où le fils voit le père (Ray Winstone) tripoter le ventre distendu de la mère (Tilda Swinton) juste accouchée, où le frère (Freddie Cunliffe) et la grande sœur (Lara Belmont) se chamaillent à moitié à poil au sortir du bain dont l'eau a sans doute servi à tous, tout semble en somme confortable comme une vieille vanne balancée d'un bout de la table de la cuisine à l'autre....





Mais nous savons bien, nous qui regardons le film, que les gens heureux n'ont pas d'histoire, et que par conséquent on ne saurait nous la raconter (cette histoire) si ces gens-ci étaient réellement heureux. C'est le fils, Tom, que son acné florissante désigne comme le puceau de service et (donc) la cible privilégiée des sarcasmes de sa sœur Jessie, qui va découvrir que ce qu'il prenait pour une vie normale n'était en fait que silence et aveuglement calfeutrant le mensonge et la honte.

Jessie est la proie de leur père en secret, et ce secret elle s'y cramponne, bravache, lorsque Tom la confronte. Par peur de voir menacé le fragile équilibre domestique? Par honte? Par amour, malgré tout, pour ce père incestueux? Par haine d'elle-même? Par orgueil, convaincue qu'elle est de savoir réprimer toutes les souffrances derrière sa moue butée? Le film jamais ne tranche, jamais ne propose de psychologisation facile et factive, et c'est tout à l'honneur du réalisateur et du scénariste. Le jeu de la jeune Lara Belmont est au diapason de cette ambition et relève le défi de capter la complexité turbide, parfois malodorante, des émotions plutôt que de les "jolifier" en les disposant dans un vase de cristal et en les étiquetant chacune. On ne saura pas non plus ce qui pousse ce père aux dehors si bonhomme à briser sa propre fille ainsi (un autre film se serait régalé à faire remonter en droite ligne cette déviance à quelque abus subi dans l'enfance.... on ne dira jamais tout le mal qu'une assimilation grossière des préceptes du freudisme a fait aux scenarii des soixante dernières années), à rejeter sur son fils la faute de la blessure mortelle portée à la famille lorsque la bulle du secret crève enfin...

Et on ne saura pas non plus ce qui attend, après, les jeunes rescapés de ce cauchemar. Parce qu'il n'y a pas de "bonne" réponse à la dernière question que lance Tom dans la froideur du bunker, non plus qu'il n'y a de "bonne" manière de survivre à l'inceste. Je ne peux pas m'empêcher de ressentir un immense sentiment de reconnaissance devant un film tel que celui-ci, qui montre sans asséner, qui questionne sans affirmer - qui part du principe que l'être humain fait en toutes circonstances ce qu'il peut pour se préserver du mal, par-delà toute morale.

samedi 7 mars 2009

Max, les ferrailleurs, la froideur des hommes et les chapeaux des femmes

Quelques pensées au sujet et autour de Max et les ferrailleurs (Claude Sautet, 1971), et leurs ramifications.


Max (Michel Piccoli) est un flic aux allures de croque-mort, méticuleuseme
nt vêtu, méticuleusement obsessionnel quant à son travail. Frustré de ne pouvoir résoudre une affaire de braquages de banques dont il a la charge, il a l'idée de créer de toutes pièces sa propre affaire et ses coupables en manipulant Lily (Romy Schneider), la muse d'une bande de gagne-petit. Mais Lily n'est pas aussi vénale qu'il le croit, et lui-même n'est pas aussi dépourvu de sentiments qu'il le pense....




En voyant ce film, des parallèles sautent aux yeux avec une certaine "ambiance" actuelle, ultra-sécuritaire et prompte à monter en épingle la moindre suspicion en affaire du siècle, la pression du chiffre exercée notamment sur les forces de l'ordre...
Je me suis prise à m'exclamer "
Pourvu que Sarkozy ne voit pas ce film, ça lui donnerait des idées!" (encore qu'au vu de certains incidents récents, je suis sûre qu'il n'en a nul besoin).




Mais revenons plutôt au cinéma si cela ne vous dérange pas, je sens ma tension qui s'élève dangereusement.



La scène lors de laquelle Max commence photographier Lily au bain, la coiffant de son chapeau à lui, m'a irrésistiblement fait penser à L'insoutenable légèreté de l'être de Philip Kaufman (1988).


Le chapeau melon avait appartenu au grand-père de Sabina (Lena Olin), et cet objet en vient à représenter aux yeux de
son amant Tomas (Daniel Day-Lewis) la quintessence de la jeune femme, la clé de son être, la singularité qui la fait unique et inimitable. Tout le film, comme d'ailleurs le livre de Kundera qu'il adapte, est une réflexion sur le caractère unique et impossible à recommencer de l'expérience humaine, et sur le fait qu'il n'est pas possible a priori de connaître les conséquences de ses actes (aussi peut-on aborder la vie soit avec légèreté, puisque finalement on ignorera toujours de quoi il retourne, soit avec la pensanteur de ceux qui cherchent, malgré tout, à choisir la "meilleure" voie).

Si tiré par les cheveux que cela paraisse, je trouve que ce n'est pas sans rapport avec Max et les ferrailleurs, dans la mesure où Max, qui croit contrôler la situation qu'il a mise en scène ainsi que les réactions de Lily, se voit pris au piège des conséquences non maîtrisables de ses actes. Il est policier, figure de l'ordre, et s'égare, tandis que Lily, prostituée donc corrompue de fait dans le regard de la société, demeure droite bien qu'étant le vecteur involontaire des mensonges de Max.

Bien sûr la suggestion d'une intimité érotique entre un homme et une femme par l'appropriation de vêtements masculins par la femme, ce n'est pas nouveau, ça date au moins de L'ange bleu, en passant par tous les films où, au saut du lit, la femme ne trouve rien d'autre que la chemise de monsieur pour draper sa nudité....


Posons-nous maintenant à la fin du film, les tous derniers plans. Pour peu qu'on l'ait vu (c'est mon cas, ce doit être le premier film de Sautet que j'aie vu), les similitudes de cette séquence avec la fin de
Un cœur en hiver (1992) sont évidentes, de la même manière que les personnages de Max et de Stéphane (Daniel Auteuil) sont frères jumeaux en froideur et en machiavélisme. De la même manière, aussi, que les derniers regards de Max et de Camille (Emmanuelle Béart), s'éloignant dans une voiture, montrent une fêlure irréparable à l'être qu'ils ont aimé.




lundi 23 février 2009

Normalement...

...les Oscars me laissent de marbre. Mais bon, là, j'ai envie de goûter sans mélange ce petit bonheur:




Un petit bonusque, tricoté avec l'aide de Pulp Motion (hé oui je suis sous Mac, quelle victime de la mode tout de même!):



jeudi 19 février 2009

Degrés de solitude: 35 rhums, de Claire Denis (2008)



Lionel (l'habitué Alex Descas), conducteur de RER et veuf, vit seul avec sa fille Joséphine. Ils forment une famille improbable avec deux de leurs voisins, Gabrielle, chauffeur de taxi, ancienne amante de Lionel qui n'arrive pas à tourner la page, et Noé (Grégoire Colin, autre régulier) l'orphelin paumé qui n'arrive pas à quitter définitivement l'appartement hérité de ses parents.

C'est un tout petit monde d'habitudes feutrées et de désirs modestes, des personnages qui s'accrochent à ce qu'ils connaissent plutôt que de se lancer dans le grand bain d'un nouvel épisode de leur vie. Ce point est métaphoriquement souligné par Ingrid Caven, qui raconte à sa petite-fille Joséphine les peurs d'enfants de sa défunte mère, à la toute fin du film. Les désirs de partir sont là mais ils sont jugulés en douceur, on est bien dans cette tendresse, dans ce connu, même si de temps en temps on mesure à coups de verres de rhum la force qu'il reste avant de toucher le fond (NdA: il s'agit de mon interprétation quant au sens de ce jeu).

Entre ces radeaux humains les regards et les corps tentent de jeter des ponts pour ne pas totalement partir dans le courant, et c'est la merveilleuse scène dans le restaurant où ils se sont réfugiés après une panne de voiture: les manteaux trempés tombent, les nuques découvertes des femmes frissonnent et la musique enveloppe des couples qui hésitent à se former... Gabrielle tente en vain de reconquérir Lionel (sur "Siboney", déjà utilisé dans une autre version par Wong Kar-Wai pour rythmer l'amour contrarié -lui aussi- de Zhang Ziyi dans 2046: Siboney yo te quiero yo me muero por tu amor), Noé ose enfin détacher Joséphine de son père sur "Nightshift" de The Commodores (Gonna be a long night, it's gonna be all right on the nightshift / Oh you found another home, I know you're not alone on the nightshift). Le talent immense de Claire Denis pour filmer l'attente charnelle et le désir et pour l'accorder à la musique jaillit alors voluptueusement après avoir couru sous la surface faussement placide de son film, on retient son souffle et les yeux s'embuent sous la puissance de la sensation.

La force de l'habitude et le réconfort qu'elle procure, pourtant, auraient vite fait d'éteindre ces élans de vie, si des évènements ne venaient pas rappeler que la survie à la petite semaine (en s'accommodant de ce qu'on ne veut ou peut pas changer) n'est pas suffisante pour faire battre le cœur. Finalement Joséphine se laissera convaincre que son père a raison de la pousser vers le dehors... Et décidément ce qui frappe dans ce nouveau film de Claire Denis c'est l'appréhension d'un grand tout, d'un cycle de vie s'accomplissant sous nos yeux avec ses constellations humaines qui se redessinent, plus vastement que dans Vendredi soir, et avec encore plus d'empathie et d'amour pour ses personnages.

dimanche 15 février 2009

Soyons lucides:



Je me faisais cette réflexion, un brin désabusée, en regardant Le passager de la pluie hier soir. Bon, j'avais déjà pu m'ébaubir devant la juvénile Marlène Jobert de Nous ne vieillirons pas ensemble, mais les déchirements semi-autobiographiques filmés par Pialat et la magnifique interprétation de Jean Yanne m'avaient empêchée de détailler plus avant la plastique fantastique de l'interprète féminine.


L'intrigue un fifrelin embrouillée du film de René Clément a au moins eu cet avantage que j'ai pu tout à loisir me livrer aux affres de ce que la jalousie féminine a de pire, d'autant que Marlène passe son temps à se balader dans des tenues fort courtes, lorsqu'elles ne sont pas carrément translucides. Comme si cela ne suffisait pas elle porte du blanc tout du long, couleur qui ferait passer à peu près n'importe quelle femme de gabarit moyen pour Moby Dick - tandis qu'elle, au contraire, ne fait qu'accentuer son apparence de gouailleuse sylphide, c'est encore plus agaçant. Et je n'évoquerai pas le fait que bien qu'elle soit rouquine, elle arbore un bronzage caramel, c'est trop injuste.

Pour ne rien arranger, je remarquai au générique la présence d'une certaine Marika Green. Qui n'est autre que la sœur aînée (suédoise, arrrgh) de Walter Green. Le mari de Marlène, le papa d'Eva. Green. Et qui n'est pas exactement un boudin de l'année, non plus (c'est la grande blonde qui dépasse Marlène d'une bonne tête, ci-dessous).


Alors forcément, comment voulez-vous, dans ces conditions, qu'Eva Green soit autre chose que superbe, renversante, à mourir debout, même sans maquillage (surtout sans maquillage, en tout cas dans Casino Royale, où les maquilleuses ont eu la main lourde):


On n'a pas tous les mêmes cartes en main à la naissance, c'est rien de le dire: certains et certaines sont des nantis de l'hérédité. Grr.

samedi 24 janvier 2009

Les noces rebelles (Revolutionary Road) - Sam Mendes, 2008


Il ne faut décidément jamais dire "Fontaine, je ne boirai pas de ton eau": j'ai bien fini par voir Revolutionary Road (je n'ai pas très envie d'utiliser le titre français que je trouve absolument débile), en dépit de ce que je disais ici. Une fois n'est pas coutume, j'ai été appâtée par un bref extrait, et je me suis dit "What the hell", quoi, allons-y.

Et me voici retournée au-delà de ce que j'escomptais. Le film n'est pas parfait, il s'en faut, mais même en ne touchant pas toujours juste il s'attaque à un sujet auquel je suis très sensible. À savoir: les idéaux que l'on porte en soi, la volonté de s'accomplir dans la vie et la peur de ne pas y parvenir, les compromis que l'on fait inévitablement et qui parfois font dévier du chemin que l'on s'est fixé, et éloignent d'une personne qu'on a aimée.

C'est en résumé ce qui arrive au jeune couple Wheeler. Excédée par leur vie en camaïeux de beige (superbe photographie en tons désaturés), April tente un ultime va-tout en proposant à Frank qu'ils aillent refaire leur vie à Paris (l'idéal de la vie bohème aux yeux d'un américain banlieusard des années 50, probablement). Elle propose une inversion de rôles puisqu'elle travaillerait tandis que lui "chercherait sa voie", ce qu'il n'a jamais eu l'occasion de faire. Frank se laisse convaincre, semble même un moment affronter avec un grand plaisir les réactions diversement incrédules ou sceptiques de leur entourage, avant de se laisser doucement enliser par sa force d'inertie naturelle: après tout, on lui propose une promotion, et puis ce plan d'évasion n'est pas très réaliste après tout, et enfin voici April qui tombe enceinte. Autant d'excuses qui respirent la mauvaise foi (une promotion dans cette compagnie détestée, à quoi bon? on ne peut donc pas avoir un enfant à l'étranger?) et, fondamentalement, le manque d'envie de réellement changer de vie. April, qui est mise devant le fait accompli par les petites lâchetés muettes de son mari, n'est absolument pas dupe, et le seul qui ne l'est pas davantage qu'elle est le "fou" de l'histoire, révélateur archétypal, mais douloureusement lucide, de l'insanité des autres personnages. April est désormais seule, et elle le sait....

Je n'en dirai pas plus pour ne pas dévoiler la fin du film. J'ai été profondément secouée par la mise en scène, qui s'attarde délibérément dans tous les creux mœlleux de cette vie banlieusarde (et qui du coup, à ce que j'entends comme critiques, semble bien lente), et par l'interprétation (notamment celle de ma chère Kate, et oui, l'identification a fonctionné à plein), qui hurle la détresse de ces captifs semi-volontaires, April qui n'ose s'évader seule (et place la barre trop haut?) et Frank qui se replie sur la sécurité en la maquillant en conquête... S'épanouir est déjà ardu lorsqu'on est seul, cela devient pour ces deux-là impossible car ils ne regardent plus dans la même direction.

lundi 12 janvier 2009

Kate rules!


Yes she can! Kate Winslet vient d'obtenir le Golden Globe de la meilleure actrice et celui du meilleur second rôle féminin, la même année, pour deux films différents (Revolutionary road et The reader, respectivement).

Je ne sais pas ce que valent ces films, à vrai dire je m'en moque un peu (je ne suis même pas sûre de chercher à les voir lorsqu'ils sortiront), ce qui me fait en revanche très plaisir c'est de voir récompensée (et de quelle manière!) une actrice que je tiens depuis longtemps pour une des toutes meilleures (et des plus belles, n'en déplaisent à ceux qui raillèrent ses saines rondeurs dans Titanic), dès son incarnation enflammée de Marianne Dashwood dans Raison et sentiments de Ang Lee, en fait (je n'ai découvert que récemment son fait d'armes antérieur, Créatures célestes de Peter Jackson). Et puis Jude de Michael Winterbottom, Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry... s'il ne fallait retenir que cela de sa filmographie, ces femmes un peu enfantines et très folles, profondément sensuelles et poétiques, jamais banales.

Et maintenant, les Oscars? Wait and see...

samedi 3 janvier 2009

Dans la juuuuungle des chiffres

Comptabiliser, ce n'est pas sale. Passé un certain stade de monomanie cinématographique, c'est même indispensable afin de se rendre compte de l'état de santé de ce qui fut naguère un hobby de jeunesse, un péché mignon qui faisait lever les yeux au ciel à notre entourage (à moins que ledit entourage ne finisse par baisser les bras devant l'étendue des dégâts....). J'aime bien me soumettre à ce petit exercice une fois l'an, pour savoir si j'ai continué à découvrir des films, et à quel rythme, ou si je me tourne de plus en plus frileusement vers ce que je connais déjà. Une manière comme une autre de savoir si je dispose encore d'une marge de progression (et d'envie), ou si je vis de mes rentes sans désir de chercher plus loin.



Mes petites statistiques 2008 sont les suivantes:

  • nombre total de films vus: 193 (en ne comptant que les longs et moyens métrages). Il est loin le temps où je culminais à plus d'un film par jour en moyenne... et ce n'est pas forcément plus mal!
  • nombre de films vus au cinéma: 21, donc pas loin de 2 par mois! C'est un chiffre énorme si l'on prend en compte les multiples contraintes qu'impose une sortie au cinéma (il faut être d'humeur, pas trop fatiguée par le travail, pas d'autre impératif, le choix du film doit être raccord avec celui de mon compagnon, et surtout, surtout, la baby-sitter doit être disponible).
  • proportion de films découverts (vus pour la première fois): 63,7%. Soit une proportion quasi inchangée depuis deux ans, et qui semble indiquer que mes explorations continuent de progresser gaillardement. Voilà qui fait plaisir!